
Mon premier vernissage....
Il y a avait du monde... tous convoqués par lettre recommandée pour une AG extraordinaire. Quel succès ! J'ai pu exposé mes talents. Mes tableaux financiers étaient mis en valeur... chacun essayait de se concentrer. J'y allais de mon commentaire artitistique. Peu de succès sur le fond (déficit, encore déficit), mais je les voyais séduit par la forme. Le rose est une bonne couleur pour les têtes de colonnes.
Un seul montrait un intérêt réel et non "de convenance" : mon associé majoritaire, le tristounet. A tel point de l'AG terminée, il en redemandait encore. Je lui glissais le tableau jaune... oh il est si beau le jaune. Son attention récompense mes efforts. Et voilà.. il ne faut pas grand chose pour exprimer enfin la sensibilité artistique cachée au fond de soi. Je viens de créer une nouvelle tendance, un mouvement avant-gardiste.
Car "le tristounet" jusqu'alors n'appréciait que le noir sur page blanche. Et voilà que je lui ouvre de nouveaux horizons... le rose, le jaune, le bleu, le vert... les titres "wortd art"!! Il ne s'illumine pas encore réellement, mais en redemande. J'arrivrais tôt ou tard à lui ouvrir l'esprit sur mon art nouveau.
Comme à tout vernissage, il y avait un jus de fruit ou du café. Chacun devisait allègrement sur les résultats prévisionnels. Joyeuse ambiance pour annoncer qu'il est urgent d'ouvrir de nouveau son porte monnaie.. pour augmenter les fonds propres.
Le seul qui doit soutenir mon effort artistique est le tristounet. Il n'a pas le choix.
Et moi dans tout ça ... un peu blazée ! Comme tous les artistes !
Tiens il va pleuvoir.. ou neiger... c'est énorme ! Mon banquier, vous savez le gros nounours ! , et bien ce matin il a décidé de me faire une fleur ! Enfin une toute petite, une pâquerette, un bouton d'or... ce matin n'ayant pas reçu le virement d'un client, nous n'allions pas pouvoir honorer les chèques présentés. Et bien "gros nounours" va s'arranger pour les faire passer... Oui, il va neiger, c'est sûr.
Je ne les aime pas ces banquiers, vous le savez... mais voilà que j'ai un faible pour lui. Je vous rassure un faible affectif, pas un faible sentimental. Gros nounours n'est pas du tout mon genre ( même dans le noir, même en manque...)
De toute façon j'avais décidé pour une fois de ne pas stresser ce matin et rester zen. Y en a marre de voir son moral fluctuer en fonction de la position bancaire des comptes de "la boite". Et bien voilà, conclusion ça me réusssit. Oui, il faut rester cool devant les ours...
Et puis d'ailleurs pourquoi je serais la seule à stresser. les actionnaires ils ne stressent pas eux... le banquier non plus... les autres salariés de "la boite" n'ont plus (ils comptent sur moi !).
Alors voilà à compter d'aujourd'hui : petite patronne, ne stresse plus devant les ours...
Je ne suis pas une collectionneuse de tableaux financiers. Je ne les aime ni réalistes, ni naifs, ni abstraits.
Or, mon associé majoritaire est un amateur averti. Depuis quelques mois, date de son arrivée dans "la boite"... je suis devenue peintre.... J'y colle des colonnes vertes, bleues.. J'ose le rose souvent ! Oui, j'aime bien le rose. Je me plais à leur trouver un aspect esthétique satisfaisant.
Et là ... premier accident de travail de ma carrière : j'ai subi une crise d'arthrose à la main droite impressionnante... due.... à la souris de mon pc !!! Croyez vous cela imaginable !
Aujourd'hui donc me voilà collée devant des tableaux financiers. Je traine, peu d'entrain à la tâche. Je pense à autre chose. Trouve tous les moyens du monde pour me laisser distraire. Bref, cela me gave !!! Et le comble c'est que depuis que je fais des tableaux financiers, je ne leur trouve aucun interet pratique. Enfin rectifions tout de même, les tableaux qu'il me demande n'ont pas d'interêt pratique. Cela me prend un temps fou, me pompe ma motivation... et les chiffres on les connait depuis lonptemps. Alors qu'ils soient présentés comme ceci ou comme cela, croisés et décroisés.. cela n'améliore pas le résultat comptable qui de toute façon est DEFICITAIRE !
Alors je crois que je vais réellement prendre la résolution de faire de mes tableaux des oeuvres d'art... non en terme de résultat comtapble mais en terme purement esthétique.
Oui, voilà une motivation, créons l'art où il ne s'est jamais caché.... dans des tableaux financiers. Délirons sur la présentation...
Ce matin un jeune homme que nous appelerons Pierre passait chercher ses documents assedic et sa fiche de paye pour la fin de son contrat saisonner.
Il a occupé dans "la boite" un emploi à l'entretien pour quelques mois. Très vite, il nous demandait de lui trouver une solution d'hébergement sur place. Pierre a de gros problèmes sociaux, et un léger retard mental. C'est un gentil garçon. Durant cette période, nous avons eu quelques difficultés avec lui. Il passait ses journées pendu au téléphone, et allait jusqu'à se cacher 1 heure dans les toilettes pour téléphoner pendant ses heures de travail. Nous avons découvert qu'il entretenait une relation "virtuelle" avec une juene fille sur internet habitant en province. Il ne l'avait jamais vue. Son forfait téléphonique n'y a pas résisté. Chaque jour il passait demander une avance sur salaire si bien qu'en fin de mois il ne lui restait rien. Pierre avait de gros soucis financiers.
Ce matin donc, Pierre passe me voir au bureau. Je lui remet le solde de son salaire par chèque. Il avait reçu un acompte en espéces très conséquent il y a quelques jours. Les formalités effectuées, nous nous quittons là.
Quelques sminutes après il me téléphone, très ennuyé. Il lui fallait des espèces pour payer son taxi ! Je m'étonne alors de savoir qu'il est venu en taxi. Je lui propose de le dépanner de 30 euros à titre personnel. "C'est bien peu" ,me répond t'il, "Je suis venu de Paris en taxi et cela me coût 100 euros !". Pour tout vous dire, il y a une gare RER, et une gare SNCF tout à côté...
Et bien non,le petit prince a pris un taxi ! à 100 euros ! et ne peux pas le payer....
Je rêve !
Moi : je ne vais parfois bien, parfois mois bien...
Habitant sur place, il est certain que tout le staff suit plus ou moins discrètement ma vie privée. Comment faire autrement ! Et puis mon moral en dent de scie après un divorce houleux n'est pas toujours constant. Alors l'équipe vit aussi au rythme des aléas de ma vie privée, de mes petits bonheurs et grosses peines.
Oui, je sais cela ne devrait pas ! Il est facile de dire que l'on a le défaut de ses qualités. Pourtant objectivement je me cherche des excuses. Alors attendons 2006 pour prendre de bonnes résolutions. Et puis zut, je ne peux pas ête toujours parfaite !
Il faut vous dire qu'en ce moment je crise. Gros ral le bol ! Des vacances seraient bienvenues. Ral le bol de passer mon temps à pousser ou tirer mon équipe, ral le bol d'entendre les complaintes des uns et des autres, ral le bol du gros nounours (le banquier) chaque matin, ral le bol d'assurer le boulot de ceux qui n'assument pas leur job ! Ral bol dêtre seule encore et toujours à assumer...
Oui, envie d'une plage, d'une pile de bons bouquins, de massages... envie ne serait ce que d'un vrai week-end.
Si le stress du paiement des salaires est passé (merci maman du coup de mains), il va falloir affronter celui de l'assemblée générale. Rien que d'y penser je resterais bien au fond de mon lit comme à 10 ans "je suis malade..." Elle a lieu très bientôt. Il faut convaincre les associés de souscrire une nouvelle grosse augmentation de capital. Et pour tout dire, j'ai peu d'arguments. Bien heureusement l'actionnaire majoritaire est d'accord. Déjà un de convaincu.
Alors en ce moment, je passe mes journées sur des tableaux financiers, des graphiques. Tout ce que je déteste dans ce job. D'ailleurs il faudrait que je réflechisse tranquillement à ce que j'aime dans ce job.
Mon rêve aurait été d'être chanteuse de rock ! Non, ne riez pas ! c'est un rêve à la con, je sais... mais bon je l'assume. Et puis je chante très mal, donc pas de regrets.
Donc moi dans tout ça : et j'assume 7 jours sur 7 ! Il ne reste que ça à faire.
Chaque matin... petit coup de fil du banquier de "La boite".
Et oui, qui dit boite déficitaire dit trésorerie malade... Et mon banquier, qui est certes un homme fort sympatique quand il oublie sa fonction, me ramène chaque jour à des considérations bassement matérialistes.
Je l'aime bien. Un physique de gros nounours ... pourtant le stress de l'entendre chaque jour téléphoner au standard, à la comptable, ou sur mon portable en désespoir de cause n'a pas d'équivalent, à part bien sûr une visite chez un dentiste sado...
Donc je jongle chaque jour pour payer les chèques en attente. Parfois un petit découvert symbolique passe. Mais il veille au grain. Car mon banquier a des chefs... Le "chefaillon" est bien moins jovial. Le "grand chef" apprécie souvent mon décolté quand je n'ai rien d'autre à lui mettre sur le compte. Car être une femme patronne de PME n'est pas facile et il faut savoir usé de son décolté parfois.
Je vous rassure, cela ne va pas plus loin. Lol.... Je joue de mon sourire et de la tenue adaptée mais suis trop entière et fière pour donner plus de moi-même.
Ce matin... cela s'est passé plutôt bien. Je me concentre pour rester zen... et parfois pour tromper l'ennemi je devance son appel. Ma chère maman... pas bien riche, mais économe... nous dépanne parfois. Elle est bien mignone ma maman. Aujourd'hui surtout.
Oui, les banques sont ma hantise. Je les ai épuisées. Ai joué de tous les arguments depuis toutes ces années. Pourtant à l'exception de celle de mon gros nounours... les autres ont depuis longtemps lâché leur soutien. Normal... déficit chronique oblige.
Parfois la nuit, un rêve étrange et pénétrant d'un banquier séduisant... qui sourirait à nos découverts... et m'encouragerait chaque matin : "vas y petite patronne.... tu vas y arriver... je suis derrière et te soutiens..." Oui ce n'est qu'un rêve. Et petite patronne , tu as passé l'âge de croire aux contes de Perrault !!
Chaque année j'ai droit à une vraie crise avec un banquier. Je me lâche alors. Il reçoit le sac de ressentiments contenu depuis des mois. Car s'il sagissait de mon compte personnel, je pourrais comprendre que je suis une mauvaise cliente. Mais il s'agit de l'avenir de "La boite" et de 20 emplois. Non, je ne crise pas pour moi-même. Je ne stress pas pour mon découvert perso. Le pouvoir des banques sur la vie et la mort d'une pme est réel. J'aimerais lâché carrément ma bordée d'injures à la capitaine Haddock ! Mais bon je suis une bonne fille, bien élevée !
Alors ce matin, j'ai pu honorer les chèques. Mais demain... oui demain.... Bon on verra bien demain. Dors bien mon gros nounours et si tu pouvais te transformer en "prince banquier" demain, ça m'arrangerait bien !
C'est leur idée... elles travaillent avec moi et suivent au quotidien la vie mouvementée de leur "patronne". Ce quotidien est parfois étonnant, désopilant, triste, stressant ou euphorisant. Il mérite d'être raconté ! Alors je me lance et vous soumettrai régulièrement les réalités de la vie d'une gérante de PME.
"La boite" déjà pour situer le décor : créée par moi-même il y a quelques années déjà, cette société est atypique du fait de son activité. Je ne donnerai pas de détail précis, mais imaginez une activité similaire du genre location de limousines et de mini bus. Nous suivons une saisonnalité et notre effectif varie de 20 à 35 salairés durant l'année.
Particularité importante : c'est une boite chroniquement déficitaire ! Ainsi gérer une boite déficitaire est un art auquel je n'étais pas préparée. Chaque année il faut redoubler d'ingéniosité pour la maintenir à flot. Cela passe évidemment par les banques que j'ai finalement épuisées. Aujourd'hui les actionnaires, à qui j'ai cédé presque toutes mes parts, assurent tant bien que mal la trésorerie. Vous imaginez les assemblées générales délicates que j'affronte régulièrement.
20 à 35 personnes : des "chauffeurs", des chargés d'entretien, des administratifs. Si dans les premières années, j'avais cru en la nature humaine... aujourd'hui j'ai compris que cela n'avait rien à voir avec mon job. Pourtant je réagis trop souvent encore avec mon coeur... et parfois la soupe au lait déborde.
Mon parcours pour en arriver là : école de commerce... classique sans prétention. Quelques expériences de gestion.. puis la création de "La boite". Difficultés de financement au démarrage, bref... ceux qui ont suivi le parcours de la création comprennent aisément. Si j'avais à l'époque un mari, notre couple n'a pas resisté longtemps. J'assume seule mon fils pré-ado... sans pension alimentaire ni aide quelquonque. Pour des raisons financières et pratiques, et comble du chef d'entreprise passionné, j'habite sur place !!! Grave erreur.. mais bref...
Voilà pour le décor.
Commentaires